⚖️ Avertissement : information à visée éducative uniquement
Cet article est à but informatif et pédagogique. Il ne constitue ni un avis médical, ni une prescription, ni une recommandation de modification de traitement. Toute personne sous anticoagulants (AVK, AOD), antiagrégants plaquettaires ou en période périopératoire doit impérativement informer son médecin ou pharmacien de tout usage de plante médicinale ou complément alimentaire[1]. Réservé à l’adulte.
Plantes et anticoagulants : un couple à risque hémorragique
Les anticoagulants oraux (AVK comme la warfarine, l’acénocoumarol, la fluindione ; AOD comme le dabigatran, le rivaroxaban, l’apixaban, l’edoxaban) et les antiagrégants plaquettaires (aspirine, clopidogrel, ticagrelor) ont tous une marge thérapeutique étroite. L’association avec certaines plantes médicinales peut perturber leur métabolisme, augmenter le risque de saignement ou, à l’inverse, réduire leur effet et exposer à une thrombose[1][2].
Pourquoi cette précaution ?
Quelles plantes sont concernées ?
1. Millepertuis (Hypericum perforatum)
Inducteur enzymatique puissant du CYP3A4 et de la P-glycoprotéine : diminue l’aire sous courbe de la warfarine, du rivaroxaban et de l’apixaban, exposant à un risque de thrombose[3][4]. Association contre-indiquée.
2. Ginkgo biloba
Effet antiagrégant plaquettaire par inhibition du PAF (Platelet Activating Factor). Plusieurs cas de saignements intracrâniens ont été rapportés en association avec l’aspirine ou la warfarine[5]. À éviter en cas d’anticoagulation.
3. Ail (Allium sativum) et gingembre (Zingiber officinale)
Effet antiplaquettaire modeste mais réel. L’association aux AVK expose à une majoration du risque hémorragique, documentée dans plusieurs case reports[2][6]. Prudence en cas de consommation à dose phytothérapeutique.
4. Curcuma (Curcuma longa)
Inhibition de l’agrégation plaquettaire et modulation du CYP3A4. Cas de saignements sous warfarine rapportés. L’ANSM alerte sur les compléments concentrés[7].
5. Harpagophytum, reine-des-prés, saule
Les plantes à salicylés (reine-des-prés, saule) ou à effet antiagrégant (harpagophytum) s’ajoutent aux antiagrégants classiques[1]. À éviter en cas de double antiagrégation.
6. Mélilot et fougue fici
Le mélilot contient de la coumarine qui peut être transformée en dicoumarol (anticoagulant) en cas de mauvaise conservation : potentialisation théorique des AVK[1].
Mécanismes d’interaction
- Induction enzymatique (CYP3A4) : millepertuis accélère la dégradation des anticoagulants, risque de sous-dosage[3].
- Inhibition enzymatique (CYP2C9, CYP3A4) : certaines plantes ralentissent le métabolisme des AVK, risque de surdosage et hémorragie.
- Inhibition plaquettaire additive : ail, gingembre, ginkgo, curcuma réduisent l’agrégation et s’ajoutent aux antiagrégants.
- Apport de coumarines actives : plantes à coumarines peuvent amplifier l’effet anti-vitamine K.
- Interférence avec la vitamine K : plantes riches en vitamine K (chou, épinard, thé vert, persil en grande quantité) antagonisent les AVK.
Conduite pratique
La conduite raisonnée en cas de traitement anticoagulant repose sur la transparence et le suivi biologique[1].
| Situation | Conduite recommandée |
|---|---|
| Initiation d’une phytothérapie sous AVK | Avis médical préalable, surveillance INR rapprochée les 2 premières semaines |
| Sous AOD (Xarelto, Eliquis, etc.) | Prudence renforcée : pas de dosage biologique courant, éviter toute plante active sur la coagulation |
| Chirurgie ou soin dentaire programmé | Arrêt des plantes à risque au moins 15 jours avant |
| Apparition d’un saignement inhabituel | Arrêt immédiat de la plante, consultation médicale |
Protocole d’utilisation raisonné
- Informer systématiquement le médecin et le pharmacien de toute prise de plantes, même occasionnelle.
- Tenir un carnet des produits consommés avec dates d’introduction et dosage.
- Surveiller l’INR plus souvent dans les 2 à 4 semaines suivant toute modification (ajout, arrêt, changement de lot)[1].
- Privilégier une alimentation stable en légumes verts riches en vitamine K.
- Ne jamais interrompre ni modifier un anticoagulant sans avis médical.
⚠️ Plantes à éviter sous anticoagulant (liste non exhaustive)
Signes hémorragiques à surveiller
Effets indésirables spécifiques
- Augmentation de l’INR : signal d’alerte pour potentialisation.
- Hématomes volumineux : nécessitent une consultation.
- Saignements muqueux : imposent l’arrêt de la plante suspectée.
- Thrombose récurrente : en cas de sous-dosage induit par un inducteur enzymatique.
- Ecchymoses inhabituelles : signe d’une potentialisation.
Tout effet indésirable suspecté doit être signalé à votre médecin ou pharmacien et, si vous le souhaitez, au système de pharmacovigilance française.
Questions fréquentes
Peut-on boire des tisanes sous AVK ?
Qu’en est-il des AOD (Xarelto, Eliquis) ?
Faut-il arrêter le thé vert ?
Le curcuma alimentaire est-il un risque ?
Que faire avant une chirurgie ?
Peut-on compenser une induction enzymatique ?
En résumé
Les interactions entre plantes et anticoagulants sont réelles et potentiellement graves. Les principales plantes à risque sont le millepertuis, le ginkgo, l’ail, le gingembre, le curcuma concentré, l’harpagophytum, la reine-des-prés[1][4].
La phytothérapie sous anticoagulant n’est jamais anodine. Informez systématiquement votre médecin et votre pharmacien, et ne prenez aucune initiative sans leur accord. La phytothérapie est un complément à la médecine, jamais un substitut.
Sources scientifiques
[1] Izzo AA, Ernst E. Interactions between herbal medicines and prescribed drugs: an updated systematic review. Drugs. 2009;69(13):1777-1798. doi:10.2165/11317010-000000000-00000
[2] Ge B, Zhang Z, Zuo Z. Updates on the clinical evidenced herb-warfarin interactions. Evid Based Complement Alternat Med. 2014;2014:957362. doi:10.1155/2014/957362
[3] Sprouse AA, van Breemen RB. Pharmacokinetic interactions between drugs and botanical dietary supplements. Drug Metab Dispos. 2016;44(2):162-171. doi:10.1124/dmd.115.066902
[4] Stockley IH. Stockley’s Drug Interactions. Pharmaceutical Press, 2019. medicinescomplete.com
[5] Bent S, Goldberg H, Padula A, Avins AL. Spontaneous bleeding associated with Ginkgo biloba: a case report and systematic review of the literature. J Gen Intern Med. 2005;20(7):657-661. doi:10.1111/j.1525-1497.2005.0121.x
[6] Borrelli F, Capasso R, Izzo AA. Garlic (Allium sativum L.): adverse effects and drug interactions in humans. Mol Nutr Food Res. 2007;51(11):1386-1397. doi:10.1002/mnfr.200700072
[7] ANSM. Compléments alimentaires contenant du curcuma : effets indésirables hépatiques. 2022. ansm.sante.fr
[8] Heck AM, DeWitt BA, Lukes AL. Potential interactions between alternative therapies and warfarin. Am J Health Syst Pharm. 2000;57(13):1221-1227. doi:10.1093/ajhp/57.13.1221
Informations rédigées sur la base d’articles indexés par PubMed et de références officielles (ANSM, Stockley’s). Dernière mise à jour : avril 2026.
